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Le rhabillage des meules

Rhabillage


Les derniers meuniers savaient tous rhabiller leurs meules. Ils effectuaient ce travail assez long, assis sur le côté sur un coussin bourré de sons, les yeux protégés contre les éclats par des lunettes, et en chantant tout le jour les malheurs de l'Alsace-Lorraine, le retour de l'hirondelle et les beaux yeux de la meunière ! ceux qui ont ainsi, dans leur jeunesse, rhabillé des meules, montrent encore les éclats de silex incrustés dans leurs mains.
Rhabiller les meules signifie les mettre dans le meilleur état possible, de façon à obtenir un travail impeccable, dans les meilleures conditions, c'est à dire réduire la force motrice, obtenir un rendement maximum et une très bonne mouture.

OUTILLAGE NÉCESSAIRE :

  • Une grande règle de section cm , longueur de 0,20 m supérieure au diamètre de la meule, soit en général 1,80 m pour un diamètre de 1,60 m pour le dressage des rives,
  • Une petite règle de section 6 x7 cm, d'une longueur de 0,70 m pour un dressage du coeur et de l'entre-cœur,
  • Un jeu de marteaux plats ou pioches (marteaux à rhabiller),
  • Un jeu de marteaux pointus,
  • Une boucharde en état avec son manche,- une mailloche (manche) pour marteau plat,
  • Un manche ordinaire pour marteaux à oeil.
1) grande règle : pourquoi une section si importante uniquement pour permettre un redressage qui devient nécessaire après un certain nombre d'utilisations et qui travaillent uniquement sur les rives.
2) Petite règle : moins importante et n'a pas à avoir la même précision.
Les marteaux plats ou pioches devaient avoir une trempe exceptionnelle. Il y avait quelques spécialistes en France, dans l'ouest, à LAVAL. Frapper sur la pierre de silex et que l'outil résiste en conservant son tranchant, nécessitait des affûtages fréquents surtout pour les stries et cannelure.
Le marteau pointu et la boucharde sont beaucoup moins fragiles.

Le Rhabillage traditionnel des meules (suite).

Auguste CHAUVET, le dernier et le plus célèbre meunier du Var rhabille la meule du Moulin de Comps, dans le Var (1995).

Auguste Chauvet au rhabillage

Il insiste sur la tenue du marteau qui permet de faire une rhabillage efficace. Il remarque que la photo de la page 259 de l'ouvrage "Les Meuliers" montre une tenue du marteau qui, en aucune cas, ne peut être efficace pour obtenir un bon rhabillage.
Shéma du rhabillage

Les outils du rhabilleur de meules

Marteau plat ou "pioche"Marteau plat

Marteau pointuMarteau pointu

BouchardeBoucharde

Le rhabillage proprement dit

  • La meule courante ayant été dégagée, on commence par la gisante ; on blanchit les rayons à la boucharde, de façon à avoir une profondeur d'environ 4 mm ; on fait le dos du rayon au marteau plat (pioche).
  • Ensuite, délayer de l'ocre rouge dans de l'eau pour avoir une peinture un peu épaisse.
  • Après avoir bien brossé la meule pour la débarrasser de ses poussières, on donne, avec un pinceau, une couche de cette peinture sur la grande règle que l'on place le plus près possible de l'axe. Manoeuvrer la règle d'un mouvement longitudinal et d'un mouvement circulaire pour faire le tour de la meule. Il est nécessaire de remettre de la peinture de temps en temps.
  • Cela fait, la rive sera marquée de point rouge qu'il faut faire disparaître, et à la pioche seulement, de façon à avoir une surface parfaitement plane.
Cliquez sur l'image pour l'agandir

Deuxième opération :

  • Avec la petite règle que l'on aura également enduite d'ocre rouge, la placer sur le coeur et l'entre-coeur, perpendiculaire à l'axe en imprimant un mouvement longitudinal et circulaire, de façon à faire le tour.
  • Remettre à nouveau de l'ocre. Le bosses seront marquées. Les faire disparaître à la boucharde ou au marteau pointu. Les meules étant en forme d'assiette, le creux doit être sur chaque meule d'environ 3 mm (gabarit normal).
  • La grande règle étant bien à plat sur les rives, une ancienne pièce de 10 cm en bronze devait passer sous la règle, le plus près possible de l'axe.
  • A nouveau, après avoir brossé la surface, on termine les rives en faisant des petites stries ou cannelures au marteau plat( pioche).
  • Ce travail, le plus sérieux, doit être fait avec une grande précision ; plus ces cannelures seront fines, meilleure sera la farine.
  • Affûter fréquemment les marteaux à la meule à eau.
  • Pour la courante : "même travail".
  • Texte de Charles CROIX, charpentier-amoulageur angevin.
    Dessins E. de VILLARET

Ancien article :

Les meules à grain anciennes