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Les moulins de l’Orne et de l’Alençonnais dans de nouveaux réseaux économiques lors de la guerre de 1914-1918 (II)

Patrick Birée

 

Extrait d’un article de 4 pages avec photos. Extrait de sa thèse soutenue à l’Université de Caen le 1er décembre 2015 : « Les moulins hydrauliques à grains et les minoteries de l’Alençonnais, XVIIe-XXe siècle, de la lumière à l’ombre, quatre siècles d’évolution ».

 

Organisation de la meunerie et législation au fil des années de guerre

Le fonctionnement des moulins et minoteries est lié au ravitaillement général, planifié depuis quelques décennies et amplifié pendant les 2 premières années de la guerre. C’est ainsi que chaque département se voit doté d’un Office départemental des Céréales avec un Bureau permanent et des relais sur le terrain. Peu à peu se mettent en place des structures départementales d’encadrement de la meunerie et les choses évoluent, surtout à partir de 1915. Un courrier du sous-secrétaire d’État du Ravitaillement au préfet de l’Orne datant de mai 1918 en restitue tout l’historique de la législation au niveau national.

  • Le permis de mouture :

Il est donné par le Bureau permanent et il est précisé dans l’article 46 du décret du 30 novembre 1917 « que les meuniers ne pourront effectuer de mouture que contre remise du permis de mouture ». Le prix de la mouture dans le moulin à façon est supprimé en nature et remplacé en espèces de 3,50 francs par quintal de céréales écrasées dans le moulin.

  • La fabrication de la farine :

L’article 35 du décret du 30 novembre 1915 précise que les moulins travaillant, soit pour le commerce, soit à façon, ne doivent laisser sortir de leur moulin que trois produits seulement : 1) la farine entière 2) le son fin et gros 3) les déchets de nettoyage. Les recoupes, remoulages et retraits doivent être incorporés à la farine.

En conséquence, la farine entière comprend tous les éléments des céréales mise en mouture, sauf le son et les impuretés de nettoyage. Le taux d’extraction est de 80 % pour le blé pesant 77 kilogrammes à l’hectolitre et ne contenant pas plus de 2 % de corps étrangers, et les meuniers sont poussés à « ouvrir résolument leurs extractions pour éviter qu’aucune parcelle de farine, de gruaux, de remoulage ou de recoupe ne soit rejetée dans le son ». Au passage, on demande aux meuniers « d’absolument rompre avec leurs vieilles habitudes, de s’inspirer de principes nouveaux et de faire preuve d’initiative personnelle pour améliorer sans cesse sa fabrication pour arriver à tirer sans cesse le meilleur profit des céréales qui leur sont confiées  ». Une remise en cause ?

  • Les mouvements de produits :

Ils sont consignés dans les registres d’entrées et de sorties et les situations hebdomadaires. Le premier décret les concernant date du 27 juin 1916 à l’article 3 qui précise l’obligation pour tous les meuniers, même ceux travaillant à façon à tenir un registre, mis régulièrement à jour et clos tous les samedis soirs, sur lequel figureront :

  • les entrées des céréales accompagnées de tous les détails indicatifs sur la provenance de la marchandise (nom du livreur, prix payé, quantité reçue, type de céréales),
  • les sorties de farine et sons avec indication du destinataire, du prix, de la quantité, avec une colonne spéciale pour la mélasse délivrée aux agriculteurs.

Les contrôleurs des moulins sont chargés de vérifier les opérations d’entrées et de sorties des produits et d’évaluer rapidement les données relatives aux stocks de céréales et de farine.

De plus, chaque meunier est tenu de fournir une situation hebdomadaire au contrôleur des moulins de son arrondissement et une autre au bureau de l’Office des céréales à Alençon.

Autre obligation, un permis de circulation est obligatoire (délivré gratuitement par les secrétaires de mairie) tant pour les meuniers de commerce que pour les meuniers à façon. Tout meunier doit avoir en sa possession les permis de circulation concernant les marchandises entreposées dans son moulin, et inscrits sur son registre spécial. La peine encourue pour possession illicite de marchandises entraîne la réquisition de celles-ci avec une réduction de prix de 7 francs par quintal pour toutes les catégories de céréales et d’un prix unique de 51 francs le quintal pour la farine (plusieurs cas de jugements pour fraude ont été relevés).