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Les moulins de Templemars (suite)

Yves Coutant

Extrait d’un article 8 pages avec schémas et photos

 

Le moulin en bois sur pivot

Le moulin-tour à pivot tournant de Templemars est en fonction depuis à peine neuf ans et ne voilà-t-il pas qu’on décide de le démolir et de le remplacer par un traditionnel moulin en bois sur pivot fixe.

Pour étrange que cela paraît, aucun compte ne donne la raison précise de cette intervention inattendue et onéreuse. Il faut croire que le nouveau système mis en place au moulin-tour s’est montré inefficace, puisque le compte de 1578-1579 signale l’achat de six chevilles de fer pour ledict mollin, lequel ne pooit plus tourner, icelles pesantes 79 livres et que, pour réparer le moulin, le charpentier Toussaint Delobel facture dix-huit jours de travail, qui se détaillent comme suit : 2 journées à trois, 1 journée à quatre, encore 2 journées à trois, enfin 2 journées seul. Il livre encore neuf poteaux de 11 pieds de long pour mettre à travers ledict mollin et l’asseurer.

L’érection d’un simple moulin sur pivot ne mériterait pas de couronner cette étude des moulins de Templemars, n’était que les textes concernant la construction de ce nouveau moulin sont parmi les plus détaillés de cette époque. Aussi m’a-t-il semblé intéressant de transcrire aussi bien le devis de construction que le rapport de visite rédigé après l’achèvement des travaux. Dans le devis les nombres précédés d’une flèche à la fin de chaque article renvoient à l’article correspondant du rapport de visite. Pour faciliter la lecture des deux derniers chapitres, j’ai traduit aussi fidèlement que possible l’ancien picard en français moderne.

  1. Le devis de 1579

« Ce qui suit est un devis pour faire et ériger un moulin à vent destiné à la mouture du blé en la paroisse de Templemars, moulin qui appartient pour la moitié à madame la princesse d’Espinoy et dame de Templemars et pour l’autre moitié aux chartreux établis près de Tournai. Le moulin se fera en bois pour remplacer le moulin de pierre qui s’y trouve. »

Pour la princesse d’Espinoy, voir Moulins de France n° 106, p. 11; pour les chartreux, voir Moulins de France n° 105, p. 8.

« Le pivot (l’estaque), long de 22 pieds [= 6,55 m], de 26 pouces [= 0,70 m] par-dessous et de 22 pouces [= 0.59 m] par-dessus ; le tourillon [mamelle] de ce pivot sera pourvu de 8 à 10 alumelles (cousteaulx) de fer avec deux platines (flottes), l’une sur le pivot et l’autre au maître-sommier (somier), à savoir celle de cuivre pesant 45 livres et l’autre, en fer, 26 livres de bon fer résistant. » ( à 5)

Bien que le devis ne le précise pas, je suppose que le pivot était parallélépipédique de la base jusqu’à la chaise (collier en bois autour du pivot, sous la cage) et cylindrique au-delà : les dimensions correspondraient alors à la largeur pour la base, au diamètre pour le sommet. À cette époque, le tourillon en bois du pivot était souvent une pièce rapportée, comme nous le voyons dans les deux extraits suivants, qui proviennent, comme ceux de Templemars, de la baronnie de Cysoing :

À Estene de Quieverue, carpentier, et ses conpagnons, pour avoir mis sur le gantier (= échafaudage de support) et estancené ledit moulin en air, mis une mamelle à l’estacque, qui estoit ronpue, y mis une flasque (= grosse planche) desouz le sommier (…)     etc.